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La prise de position de Joan Fontcuberta, artiste reconnu (1) et l'un des instigateurs de l’exposition "From here on", célébrant la "joie de la révolution numérique" a été plutôt contestée à Arles.
Voici donc ce que m'inspire cette "joie de la révolution numérique" selon Fontcuberta. Je précise en préambule que je n'ai pas eu le bonheur de participer au colloque intitulé "Photographie, Internet et réseaux sociaux".
La photo, numérique ou pas, reste la photo. Assemblage, collage, copiage, mélange...ou pas. Utilisation de logiciels de retouche ou pas, quel que soit l'appareil...Dans tous les cas, le procédé technique de captation est le même...C'est une révolution (2)! Allons y, faisons un pas en avant vers l'abîme et évoquons la photo 2.0. Les professionnels sont tous passés au numérique sur la forme. Sur le fond, il serait donc logique qu'ils passent à la "culture numérique". Malheureusement, cette culture n'existe pas. Rien de ce qui est présent sur le réseau Internet, en dehors du réseau lui-même et de sa technique, n'existe en dehors du monde réel, en abstraction à celui-ci et sans lui. C'est une révolution !

Dans le discours habituel de Fontcuberta (3) il est question du rapport de l'image à la vérité, à l'écriture, de son aspect fragmentaire, de la construction de messages à travers le pixel...Révolution ! Fontcuberta découvre encore que Google Images fonctionne à travers des algorithmes ce qui, selon lui, bouleverse la traditionnelle mimèsis (4). Révolution !
Sans être grand clerc, j'imagine que les débats ont souligné l'existence avec Internet d'une nouvelle forme d'exposition. On a du expliquer que l'image peut être vue par des internautes du monde entier en même temps, que l'exposition est permanente, que tout le monde peut exposer, que l'on peut présenter ses images autrement, que l'on peut aussi collaborer avec d'autres artistes sur la planète...C'est une révolution ! Euh, non, là en fait, c'est une évolution. Mais ce n'est plus nouveau, ce qui l'est en revanche, c'est que l'institution s'en préoccupe.
Quoi, c'est tout ? C'est juste ça la photo 2.0 ? Mais alors, ce n'est pas une révolution, juste une toute petite évolution dans la transmission et la relation à l'autre ?
Y a d'la joie et Arles a fait sa révolution. On y parlait d'images, on y parle désormais d'images. On célébrait les photographes réputés, on continue. On faisait une petite place aux amateurs, ils sont toujours là...Mais révolution oblige, ils sont désormais exploités comme l'ouvrier chinois par les photographes reconnus. Bienfaits du libéralisme ? Du capitalisme ? Du communisme ? Nouvelle forme de féodalisme ? La bourgeoisie photographique aurait-elle découvert le prolétariat de l'image en ligne dans une mondialisation des échanges favorable à la récupération plutôt qu'à la création ?
Reste la grande découverte de ces 42èmes rencontres : l'existence d'Internet. Révolution !
Notes :
- Synonyme de personne ayant été adoubée par quelques-uns et de fait autorisée à parler de tout et n'importe quoi, avec un air docte ou pas, tout en pouvant espérer ne pas être critiqué du fait de ce qui précède...Il y a les artistes reconnus et les autres, qui ne sont, soit pas reconnus, soit pas artistes, soit les deux. L'artiste reconnu est salué dans la rue, on peut lui demander un autographe... Les autres peuvent se promener tranquillement.
- Terme aujourd'hui très galvaudé cher à Steve Jobs, patron d'Apple, et repris depuis par toute la presse ainsi que de nombreux universitaires, la révolution consiste à partir d'un point A pour y revenir en faisant des détours. Internet étant un réseau fermé, il est normal de partir d'un point A et d'y revenir un jour ou l'autre. Ce qui est vrai sur le plan technique, l'est aussi sur le plan conceptuel. C'est le contraire de l'évolution, qui nous entraine sur une longue route dont nous ne connaissons ni le point d'origine, ni le point d'arrivé et dont on peut douter qu'ils existent. L'évolution paraît ainsi plus angoissante que la révolution qui est fréquente et cyclique, donc plutôt rassurante. Mais vous n'êtes pas obligé de me croire...
- Google as art ? - Joan Fontcuberta
- Sur la mimèsis - wikipédia.
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