Concours photo : pigeons à plumer !
Samedi, 28 Mai 2011 12:35

Ils existent par milliers à travers le monde et pourtant la plupart des concours photo (pour ne pas dire tous) sont organisés dans le seul but de récupérer des images à bon compte et sans bourse délier (1). Le principe est toujours le même.

Il faut d’abord attirer le pigeon en lui faisant espérer un prix alléchant, un lot de valeur importante ou une publication dans une revue de renom (Flatter l'ego est une méthode infaillible : " In the future, everyone will be world-famous for 15 minutes." Andy WARHOL). Ensuite, l’astuce consiste à lui demander de signer une autorisation d’utilisation, de diffusion et de publication très large tant en ce qui concerne les supports qu’en ce qui concerne la durée des droits ainsi "concédés".

Avec de telles pratiques, nombre d'entreprises et/ou d'organismes peuvent recevoir des milliers d'images qu'il leur suffit de trier avant d'en conserver quelques unes pour leurs publicités, plaquettes institutionnelles, actions de promotion… Une aubaine, d'autant que ces images seront gratuitement concédées par leurs auteurs. A contrario, le recours à un professionnel de l'image engendre des coûts que de plus en plus de clients refusent de payer.

Certains ne semblent pas s'émouvoir de ce système bien rôdé qui consiste à dépouiller des auteurs de leurs droits tout en fragilisant une profession. Pour ces quelques béotiens je propose donc une analogie qui devrait leur permettre de comprendre le problème posé ici.

Cheval primé lors du Connemara Pony Show en 2010 à Clifden (Irlande). Il restera avec son propriétaire.

Imaginons que soit organisé le concours du plus beau meuble sculpté. Chaque ébéniste, chaque menuisier, réalise un travail de qualité et adresse son meuble à l'organisateur du concours. Ce dernier précise dans son règlement que les meubles ne sont pas retournés (c'est le cas des photos dans les concours idoines) et qu'ils peuvent être utilisés par l'organisateur comme bon lui semble. Vous sélectionnez les pièces les plus intéressantes et vous détruisez les autres (c'est aussi le cas des photos). Vous venez d'inventer une méthode qui devrait vous permettre de vous meubler gratuitement. Supposons que vous soyez imaginatif. Vous pourriez envisager d'organiser le concours du plus beau vélo, de la plus belle maison, du meilleur repas, de la meilleure chanson, du plus beau film…Vous pourriez ainsi vivre heureux aux frais des autres. Vous pourriez encore imaginer de créer un site web vide et demander aux internautes de le remplir, avant de profiter du travail de ces derniers en valorisant ce site en bourse. Mais cela existe déjà : Facebook (2)…

Si vous êtes assez naïf pour croire qu'une société ou un magazine ou une association organise un concours photo dans un but désintéressé, je vous conseille de continuer à travailler pour une hypothétique gloire et de potentiels bénéfices. Le simple fait, par exemple pour un magazine, de proposer un concours photo chaque semaine n'a d'autre intérêt que de susciter l'acte d'achat, du premier numéro pour concourir et des suivants pour vérifier si vous avez gagné. Au passage, le magazine en profite pour constituer un stock d'images qu'il pourra réutiliser pour illustrer ses articles. Quelques gagnants, l'organisateur et ses partenaires, beaucoup de perdants, vous. Dans le cas contraire, plus personne n'organiserait de concours.

Notes :

  1. Toujours plus forts, les concours.
    Concours Terre Sauvage: des photos à très bon prix !
  2. Au passage, vous observerez qu'il n'est plus possible de signaler mes articles à la communauté des esclaves qui remplissent le tiroir caisse de Mark Zuckerberg (6,9 milliards de dollars en 2010, une paille). Si demain, on peut rêver, les bénéfices de Facebook étaient partagés par l'ensemble de ses contributeurs, je serais disposé à réactiver cette fonctionnalité.