|
Après la bouffe, la chanson, la survie en terrain hostile, la maison close, c'est au tour de la photo d'être au coeur d'une émission de télé-réalité pas tout-à-fait comme les autres. Oliviero Toscani, photographe italien va durant cinq jours enseigner sa vision de la photo et lancer des défis à de jeunes élèves. Avec Toscani, il faut s'attendre à tout, et les candidats devront certainement subir une semaine initiatique spéciale où tous les clichés risquent d'être au rendez-vous, sauf les bons. Quoique...
Né en 1942 à Milan, Oliviero Toscani est surtout connu pour avoir imaginé des campagnes publicitaires particulièrement controversées pour l'entreprise textile italienne Benetton durant les années 1990. En 2005, nouvelle controverse liée à une campagne publicitaire pour la marque de vêtements masculins Ra-Re. Les photographies de Toscani représentant des homosexuels qui s'embrassent suscitent alors d'importantes réactions en Italie. En 2007, nouvelle campagne choc lorsque le photographe semble vouloir mener un combat contre l'anorexie dans une campagne publicitaire présentant une jeune femme au corps squelettique.
De la toison à foison
En 2011, Toscani lance un calendrier constitué d'images publicitaires exposant uniquement des sexes féminins en gros plan. De la toison à foison, 12 pubis qui selon les mois, sont tour à tour bruns, blonds, roux, abondants ou dégarnis. Le calendrier, tiré à 76.000 exemplaires et distribué avec la version italienne du magazine Rolling Stone est une commande du consortium toscan Vera Pelle, un groupe de tanneurs. Mais pour Toscani, passé maître dans l'art de la provocation, il s'agissait de "déglamouriser les traditionnelles photos de mode" et de montrer "...le triangle du sexe féminin, le vrai cœur de la séduction". Pauvre Gustave Courbet qui n'y voyait que l'origine du monde.
On comprend immédiatement qu'avec un tel "professeur", les "kohlanteurs" de la photo ne risquent pas d'entrer dans le panthéon des photographes que l'on aime, mais surtout, que l'on respecte. Nous sommes ici à des années lumières d'un Willy Ronis ou d'une Sarah Moon. Quitte à choisir un très bon professeur, pourquoi ne pas avoir préféré quelqu'un comme Bruce Davidson ? Partant d'une bonne idée, ARTE aurait-elle décidé de passer en mode "télépoubelle" ? Mais je suppute, je suppute, laissons une chance au "maestro". Après tout, il aurait lui même été choqué par la dernière campagne de Benetton montrant un photomontage du pape embrassant un imam sur la bouche et aurait déclaré : "Je n’arrive pas à percevoir le message, ce n’est que de la vulgarité". C'est un peu l'hôpital qui se moque de la charité, à moins que Toscani n'ait pas digéré d'être remplacé par Photoshop (Il ne travaille plus pour Benetton depuis 10 ans).
Nonobstant ces polémiques, je vais essayer de suivre cette émission sans me faire aucune illusion quant au contenu. L'extrait vidéo que j'ai pu voir sur le site de la chaine montre Toscani dans sa classe : "Vous n'allez jamais devenir riche, c'est fini tout ça, la Rolls..." (il parle pour les autres, pas pour lui) ou encore "on baise pas plus, ou moins, de filles et de garçons..." Et voilà, deux conneries en moins d'une minute, c'est parfait pour faire de l'audience, mais cela n'apporte rien à la photographie. En attendant lundi...
La Master Classe «Photo For Life», c'est tous les jours sur ARTE, du lundi 21 au vendredi 25 novembre, à 19h55.
En savoir + :
|