| Entretien avec l'auteur |
| Mercredi, 25 Août 2010 17:42 |
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Que souhaitez-vous montrer à travers vos photographies ? Une partie de mon âme peut-être. Paradoxalement, photographier c’est se dévoiler, parfois se mettre à nu. On s’imagine tranquille, à l’abri derrière l’objectif et l’on se retrouve sur la scène. J’envisage mes photographies et mon travail photographique sous plusieurs angles. Le Regard posé sur, le témoignage, mais aussi le Récit et la Narration. Cela peut être du reportage, mais je suis alors parfois d’une banalité affligeante. Je ne suis pas un romancier. Je suis plutôt poète et sentimental et je l’exprime à travers de petites séries plus créatives. Je me sens plus proche de Rimbaud ou de Vian que de Zola ou Victor Hugo. Je suis plus morceaux de jazz que symphonie, plus fragment que monument. Ce que je "montre", c’est aussi que rien n’est définitif. Je cite souvent Lavoisier, "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme". Ceux qui pensent que la photographie est un instant figé n’ont rien compris à la photographie. La photographie, c’est le mouvement. Observez les photos de Doisneau ou de HCB (Henri Cartier-Bresson), il y a toujours trois temps, "avant, pendant et après", même si vous ne les devinez pas au premier regard, ils sont là. J’aime la photographie parce qu’elle suggère autant qu’elle montre. Elle est plus proche de l’écriture que le cinéma, qui donne parfois trop à voir, jusqu’au vertige. La photographie stimule l’imagination, l’interprétation. Lorsque je réalise une photographie, j’imagine autant que je vois. Je sais aussi que le spectateur ne verra pas ma photo comme je la vois. Il imagine d’autres choses, à l’aune de sa vie, de son vécu, de sa propre expérience. Ce faisant, le dialogue s’installe. J’ai vu et j’ai rêvé, je donne à voir. L’autre voit et rêve à son tour, il me redonne à voir. Finalement, je ne sais pas si je cherche à montrer quelque chose ou si je souhaite simplement donner à voir. J’ai si peu de certitudes. C’est peut être cela mon fil d’Ariane, le doute, la liberté d’interprétation… Vous considérez-vous comme un artiste photographe ? Ni l’un, ni l’autre (rire). L’artiste selon moi, c’est celui qui se renouvelle, ou qui embrasse tout le champ de son art, ou encore celui qui parvient avec bonheur à s’exprimer dans différents domaines, la peinture, le dessin, la sculpture, la musique, la photographie… C’est Dali ou Picasso, Léonard de Vinci… Je pense que l’artiste, le vrai, c’est celui qui propose, qui prend des risques, qui supporte le regard des autres et la critique. Je préfère que l’on me dise très honnêtement, "je n’aime pas ce que vous faites" et engager la conversation. Le dialogue est enrichissant. Je ne suis pas un artisan et pas encore artiste, je ne propose pas assez. Et puis, je ne me sens pas Photographe. Pour la SAIF (Société des Auteurs de l’Image Fixe) je suis inscrit en tant que photographe, comme nombre de mes amis, mais je me présente rarement comme photographe…Je rêve toujours de devenir sculpteur (rire). Quels sont vos photographes préférés ? Il y en a beaucoup, la liste serait très longue et je vais en oublier beaucoup : Richard Avedon, Stieglitz, Lange, Walker Evans, HCB, Araki, Desiree Dolron, Bishof, Doisneau, Moon, Parr, Cindy Sherman, Halsman, Parks, une autre Leroy, Catherine, la photojournaliste… Beaucoup de photojournalistes finalement dans cette liste et tous des "monstres sacrés". Il y a aussi beaucoup de jeunes photographes, photojournalistes et plasticiens, moins connus mais qui méritent amplement le détour. J’aime la photographie en général et je suis très admiratif du travail des autres. Je regrette que l’on n’accorde pas à la photographie la place qu’elle mérite dans les galeries, les expositions, les musées. Ce phénomène est surtout très français. C’est un peu comme si après avoir inventé la photographie, nous n’avions eu de cesse que de l’oublier. Comment travaillez-vous ? Quelles sont vos sources d’inspirations ? Je suis à la fois très et très peu méthodique. J’écris et je dessine de plus en plus pour ne pas oublier ce qui pourrait être une bonne idée, ce qui pourrait constituer une bonne série. Je remplis des cahiers. Passer à la réalisation est une autre histoire. Faute de temps, d’argent ou de moyens humains et/ou techniques, je laisse de côté beaucoup de projets. Faute de motivation aussi parfois. Mais je n'évoque ici que la partie artistique de mon activité. Avec les clients, je suis beaucoup plus engagé dans le travail et terriblement perfectionniste. Mon passé de journaliste et de directeur de la communication me permet de gérer les dossiers avec rigueur, enthousiasme et réalisme, sans pour autant me prendre trop au sérieux... L’inspiration vient souvent de la musique qui est la compagne de la créativité. Je suis très éclectique dans mes goûts et jamais "fan de". Et puis il y a les autres photographes, par période et selon mon humeur et mon état d’esprit. Ma plus grande source d’inspiration, c’est ce que je vois et ce que j’entends. J’ai toujours les yeux grands ouverts. Le monde, la vie, les gens, les choses, la nature, tout est source d’inspiration... Et la technique ? C’est comme la grammaire, tu l’apprends et tu l’oublies, mais elle est sous-jacente. On me demande souvent comment je réalise mes photographies numériques. Certains me proposaient même de réaliser un ouvrage sur le sujet. Je préfère que l’on m’interroge sur le fond, le pourquoi de telle ou telle composition. J’ai rencontré des "photographes" sur des expos ou dans des galeries qui n’avaient rien à dire sur leurs "œuvres". Mais ils pouvaient vanter les qualités de leur boîtier numérique dernier cri avec plus de sens commercial qu’un vendeur de bazar. Et il suffit d’ouvrir les magazines consacrés à la photographie pour se rendre compte que les images sont légendées avec les conditions techniques de la prise de vue, le type d'objectif utilisé et la marque du boitier. C’est un peu comme si chaque strophe d’un poème d’Apollinaire était accompagnée d’une légende indiquant la marque du papier, de la plume, la qualité de l'encre... Des projets, des expositions, et l’avenir ? Quelques projets mais je ne souhaite pas en dévoiler les contours. Aucune exposition, j’avoue que je ne suis pas friand de ce type de manifestation concernant mon travail. J’ai exposé trois fois ces quinze dernières années. C’est assez anecdotique. Le contact avec le public est un réel bonheur, mais préparer une exposition est un travail assez fastidieux et je dispose d'assez peu de temps. Qui plus est, il m'est très difficile de replonger dans des séries d'images réalisées quelques mois plus tôt. Cela me semble toujours très éloigné de mes recherches, de ma volonté d'aller de l'avant et d'apprendre inlassablement. Je me consacre en revanche beaucoup à la création sur Internet, qui est ma seconde passion. J'ai déjà réalisé plus d'une douzaine de sites. Celui que je prépare (1) me permettra d’exposer mon travail plus sereinement, plus sobrement. Un nouvel ISTAOTA, un autre regard. Propos recueillis par Rut KEYL en août 2007 (1) Depuis cet entretien, Le site a évolué dans une seconde version, celle que vous visitez aujourd'hui. Et j'ai réalisé quelques milliers d'images, plusieurs sites Internet... |








